C’est actuellement l’homme le plus rapide en landkite avec un record à plus de 100 km/h, rencontre avec Thierry Collado aka Akkrew

kiteboarding is not a crime

Salut Akkrew, est-ce que tu peux te présenter rapidement?

Salut Arnone, je m’appelle Thierry Collado je suis français et je vis dans le sud de la France à Montpellier.

Quand as-tu commencé le kite et qu’est-ce qui t’a attiré dans le kite?

J’ai débuté le kite en mai 1999, c’était du landkite et la pratique était alors toute nouvelle, et elle est restée inconnue pendant quelques années encore. J’ai tout de suite été attiré par la puissance de l’aéronef, le côté grisant et les sensations de liberté que cela pouvait procurer.

Qu’est-ce que tu aimes dans le kite et quelle est ta pratique (freeride, speed, freestyle, foil,…) ?

Quand je vais faire du kite c’est toujours pour me vider l’esprit, passer un bon moment, me purifier, me ressourcer et surtout avoir beaucoup de plaisir. Je me sens toujours mieux et apaisé après une session kite, exactement comme quand je vais surfer ou faire du longskate. Pour ce qui est du landkite je me sens plutôt l’esprit freerider, j’adore dévorer des kilomètres sur des grandes plages sauvages ou des déserts avec mon mountainboard. Bien sûr j’ai toujours eu cette autre activité en parallèle qui est le speed, ça a toujours été la chose la plus excitante que j’ai pu faire en Landkite. Sur l’eau c’est un peu pareil j’adore parcourir de grandes distances quelles que soient les conditions, j’aime le Tiki aussi mais ma prédilection reste le surfkite. Les vagues, c’est vraiment quelque chose qui occupe une place prépondérante dans ma vie.

Tu es l’homme qui se cache derrière le World Speed Landkiting Project, est-ce que tu peux nous en dire plus sur ce sujet ?

Bien, le speed en landkite ça toujours été pour moi quelque chose de très excitant, de très important. Comme une quête immense, comme un absolu que je ne pouvais ni atteindre ni même identifier au début, mais je devais juste le faire pour exister, me sentir vivant et accompli.

Dès le départ ça a été une vraie passion. Et la discipline, il est vrai, n’a jamais attiré les foules car trop engagé. Même s’il y a toujours eu quelques velléités, c’est toujours resté un peu anodin. Et comme tu le sais je suis quelqu’un d’un peu sauvage, je n’ai jamais pris une licence dans un club de toute ma vie, la compétition je ne la vie que par et contre moi-même. Je suis mon plus grand concurrent et c’était bien ça le problème. Je devais donc trouver un moyen d’essayer de fédérer cette activité. Et c’est par les réseaux sociaux que j’ai pu faire partager au plus grand nombre ma passion et espérer susciter l’intérêt. C’est ainsi que j’ai créé cette page WSLP, histoire de mettre sur papier électronique cette quête de vitesse, non pas pour rentrer dans l’histoire mais pour l’inscrire dans l’histoire comme une pratique existante, simplement.

no wind no life

Tu as battu dernièrement le record du monde de vitesse en landkite. Je crois que tu as passé la barre des 100 km/h, c’est complètement fou! Est-ce que tu peux nous en dire plus au sujet de ce record (sur quel spot tu as battu le record ? Dans quelles conditions) ?

C’était à La Franqui (Leucate), grand terrain de jeux avec des noms de spot mondialement connu: le Rouet et les Coussoules, qui ne forment qu’un seul terrain de jeu pour moi quand les conditions sont réunies. Le vent y est souvent très fort et idéalement orienté. Et pour cette saison hivernale il me restait 8 semaines avant de partir pour le désert américain. El Nino avait été fort cette année, je m’attendais donc à avoir des conditions optimales sur les drylakes. Mais je devais d’abord tenter ma chance sur le meilleur spot européen. À la fin Décembre les prévisions étaient de 35/55 noeuds, il y a eu en réalité 10 noeuds de plus, c’était dantesque, en clair idéal. J’ai eu beaucoup de chance car il y avait eu beaucoup de pluie à l’arrière-saison et l’étang de La Palme était gorgé, le vent poussait l’eau des étangs vers le terrain de jeu qui s’en trouvait souvent trop gras voir inondé. L’état du terrain de jeu change si rapidement qu’il me fallait être présent deux fois par jour pour saisir l’opportunité. Je testais presque tous les jours depuis plusieurs semaines maintenant. Malgré un repérage préalable ( ce que je fais toujours) le 30 décembre j’ai eu un gros crash. Je suis arrivé en vitesse max sur une zone molle, le mountainboard à planté, je suis parti en vrille, heureusement le kite n’est pas parti en loop, juste une cicatrice de plus(malgré les protections). Mon genou a tapé le sol tellement fort que ma jambe aurait dû se détacher lol . Toujours en boitant, 3 jours plus tard le 2 janvier, j’ai enfin pu lire sur mes deux gps une valeur à 3 chiffres.

Est-ce que tu t’attendais à battre ce record? Et depuis combien de temps ou combien d’années cours-tu derrière ce record?

Dès le début de ma pratique en 99 j’étais attiré par le speed mais ce n’est vraiment que depuis une dizaine d’années que je fais cela plus sérieusement. Je m’étais fixé un but avec un chiffre rond à atteindre: 100 km/h, et avec une planche de série. Pendant quelques années j’y croyais sans douter, puis plus je progressais plus la progression devenait lente et tout devenait beaucoup plus difficile. Alors je n’y croyais plus vraiment, et puis de nouveau je pensais cela possible et le doute me reprenait, et puis je reprenais confiance etc . Il fallait que j’y arrive; mais je savais que cela allait être très difficile. Ce fut le cas.

Comment te prépares-tu pour battre ce record? Tu t’entraînes à l’étranger?

Je n’avais pas assez de 45 noeuds pour battre ce record. Alors imagines dans quelle condition physique tu dois être rien que pour décoller ton kite dans un vent supérieur, tu n’arrives pas là par hasard pour faire un petit cruising. Tu dois être prêt physiquement, et avoir les réflexes aiguisés. Tu dois être à 400 % et avec des jambes en béton. Pour cela il faut pratiquer perpétuellement, encore et encore, pour garder le niveau. Ton corps doit être prêt sinon c’est l’accident. Le moral doit être d’acier avec la ferme volonté de réussir. Je le sais trop bien car il m’est arrivé plusieurs fois sur toutes ces années d’arriver sur le spot, puis de repartir car je n’étais pas suffisamment là dans ma tête. Bref l’optimisation de plusieurs facteurs prépondérant pour mettre toutes les chances de mon côté.

Est-ce que tu as utilisé du matériel particulier pour battre ce record où est-ce que tu utilises le matériel de série?

Exclusivement du matériel de série, c’était le but, et c’est ce qui a rendu le challenge beaucoup plus difficile. Nous avons travaillé très dur avec Skully, le boss X-Shape, pour trouver les meilleurs compromis afin obtenir un mountainboard le plus efficient possible. Les tests ont été concluant dès les premiers essais, et c’est ce qui nous a permis de valider la nouvelle planche de série X-Shape dédié au speed: la Speedcore Akkrew Promodel. J’utilise des trucks Matrix 2 Pro de chez MBS, que j’ai chaussé sur des pads Bolzen 12 degrés afin de gagner en empattement et des pneus slicks en 8 pouces, les roadies MBS. Le kite, Flysurfer Boost 7m.

Pour toi le kite c’est quoi? un sport ? Un lifestyle ? Autre ?

Comme le surf, ce n’est pas une pratique dont je suis prêt à arrêter, c’est une partie intégrante de ma vie. Ça représente tellement de choses à la fois: c’est d’abord une passion, c’est aussi une médecine, ça en est devenu un style de vie, mais c’est aussi un exutoire, une hygiène de vie, un sport. En fait ça représente beaucoup pour moi. Ma vie entière est organisée autour des sports de glisse et de l’océan.

Est-ce que tu peux nous raconter ta meilleure session de kite (toutes disciplines confondues c’est-à-dire ta meilleure session en landkite ou en kitesurf ou autre)?

C’est très difficile d’y répondre. Il n’y a pas de meilleure session ou plutôt il y en a eu tellement qu’il m’est impossible dans garder une seule en mémoire comme étant la meilleure. Au cours d’une session, c’est toujours une accumulation de détails qui fait que cette journée va rester dans mon esprit. Le vent soufflant dans les herbes sur les dunes, le sable qui vole, la couleur de l’eau translucide, une mélodie dans mon esprit, le paysage environnant. Pas nécessairement une session d’adrénaline où les conditions sont extrêmes. Un exemple, j’ai passé quelques années à rider la brise du matin sur les kilomètres de bancs de sable par marée basse sur Oléron, quand c’est tranquille, qu’il n’y a personne, avant que les activités humaines ne commencent. Et en disant cela, me vient à l’esprit une session surfkite en Californie où il y avait 5 m de houle, imagines des murs d’eau de 10 mètres de haut venant sur toi. J’étais effrayé, c’était bien au-delà de mon niveau. J’ai pris quelques vagues mais je n’ai jamais réussi à être vraiment bien à l’inside. Cette session là aussi m’a laissé un souvenir impérissable.

Quels sont tes projets (liés au kite) à venir ?

Je projette de faire du kite toute ma vie, mais aussi du paddle du skate du surf. lol. Plus sérieusement, je travaille sur un prototype de landboard pour essayer d’améliorer mes performances, je ne peux donc pas en dire plus pour le moment. work in process.

until the end

Quelque chose à ajouter ? (remerciement ? mot de la fin ? un message à faire passer ?)

Merci à toi Arnone pour ton incroyable soutien et pour ta vision plus écologique de ce que peut-être une marque de vêtements, je suis fier de représenter ces valeurs. Je remercie tous mes autres sponsors qui ont cru en moi et qui m’ont soutenu toutes ces années durant. Spéciale dédicace à X-Shape qui a su s’engager en créant des mountainboards orientés course et vitesse. Et puisque tu m’en donne l’opportunité je ne pouvais finir cette interview sans vous faire partager certains de mes ressentis sur nos comportement. Nos vies actuelles sont empruntes de loisirs, c’est génial on se marre bien, et c’est tant mieux. Mais notre évolution nous a mené vers l’établissement d’un confort basé sur le nombrilisme dont on se complaît en restant bien à l’ombre de notre ego. Nous faisant oublier, sacrifier, occulter, le sens même de notre raison d’être, et surtout la manière dont on gère le monde. Nous avons perdu la raison, à un niveau tel, que nous sommes conscients que nous occultons ce que nous dicte notre conscience de ce qu’il est bien de faire pour le bien de l’humanité. Nous préférons notre confort. Commençons par arrêter l’usage du plastique. Arrêtons le plastique.

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